Attention : pépite littéraire. L’auteure franco-libanaise a eu la merveilleuse idée de ressusciter le grand Albert Camus.
Dans ce livre dont le titre a été emprunté à Camus lui-même. Quel pari ! Quel culot ! Écrire à la manière de Camus tout en lui empruntant, pour certains passages, ses propres mots afin de donner l’envie de lire son œuvre par la suite ? Mais surtout s’interroger sur ce que l’écrivain aurait pensé de notre monde des années 1980, faire entendre sa sage voix qui nous manque tellement, lui qui rêvait d’un monde plus juste…

Elle s’est offert l’audace d’imaginer qu’après son accident de voiture le 4 janvier 1960, il ne soit pas mort mais entré dans un coma dont il se réveillera vingt ans plus tard, à l’Hôpital Bourdenko de Moscou. Souvenez-vous, selon certaines thèses, l’accident aurait été l’œuvre du KGB…
Nous sommes dans les années 80, Albert Camus a 67 ans. Natacha, infirmière reconnait ce patient un peu particulier qui se réveille après 20 ans de coma. Elle va organiser son évasion et son retour en France : le 4 février 1980, il arrive à Saint-Brieuc. Les consignes sont strictes : personne ne doit savoir qu’il est vivant… Même pas sa fille Catherine, ni sa chère Maria…
Savez-vous ce qu’est une Prosopopée ? Il s’agit d’une figure de style dans laquelle un être qui ne peut le faire – il est décédé, ou c’est un animal – s’exprime. C’est ce dont il s’agit dans ce roman où Camus se raconte en utilisant la première personne. Ce qui rend le texte encore plus émouvant.
Avec Jean Grenier, Louis Guilloux, René Char ses indéfectibles amis, nous le suivons à Saint Brieux, à l’Isle-sur-la-Sorgue, en escapade à Paris, Lourmarin et aussi en Charente, Alger, Oran, Tipasa, dernière étape de sa seconde vie. Il va continuer à écrire et devenir le mystérieux Alexandre.
Une lecture exigeante et très émouvante. L’article évoquant la mort de son ami Romain Gary est magnifique, l’hommage à Tennessee William, les lettres pour Maria sont déchirantes.
Merci Mona Azzam, vous avez réussi un vrai challenge. Un regret ? J’aurai aimé avoir les références des citations qui émaillent l’écrit (certes, cela aurait nécessité un second tome)
Ce formidable roman ne s’adresse pas qu’aux Camusiens mais à un lectorat plus large qui va apprendre à le connaitre… J’ai adoré cette lecture… et regrette encore plus l’absence de ce grand homme. Il faut lire et/ou relire Camus, l’intemporel, afin qu’il ne reste pas inconnu des jeunes générations.
Camus, l’espoir du monde de Mona Azzam
302 p – 2023 – Avallon































