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Juliette Récamier de Catherine Descours

Juliette Récamier de Catherine Descours

Juliette récamier

Juliette Récamier, la parfaite

Elle avait tout Juliette Récamier : La beauté, l’esprit, la culture, la générosité, l’art de la séduction, l’argent. Juliette fut la plus belle femme de son temps et même plus, car elle le fut avec cœur. Pendant cinquante ans, du Directoire à sa mort dans les premières années de la Monarchie de Juillet, elle a joué un rôle considérable dans une France si troublée. Elle reçut une excellente éducation : elle parlait anglais, italien, jouait du piano et de la harpe, chantait merveilleusement bien, dessinait, jouait la comédie.. Elle adorait danser. Sa mère lui avait aussi appris l’art de plaire – ce qui est différent de l’art de séduire ? NDA- et d’être belle et pour cela aussi, elle devait avoir des dons.

J’aime à revisiter une lecture après quelques semaines. J’y trouve alors, un autre charme, un plaisir suranné. 

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Faisons connaissance avec Juliette Récamier

Juliette Récamier née  Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard doit sa réputation à son salon qui réunissait tous les gens cultivés de son époque : Poètes, écrivains, scientifiques, politiciens, danseurs, chanteurs, acteurs.. Un univers très éclectiques. L’exubérante Madame De Staël, personnalité incroyable à l’esprit éblouissant, était sa plus proche amie. Un jour, un homme les voyant côte à côte, leur dit : « Je vois là, réunis, la beauté et l’esprit ». Et Madame de Staël, qui ne manquait pas d’humour, eut cette répartie : « Merci, très cher, c’est la première fois qu’on me dit que je suis belle ».(1)

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Madame de Staël

juliette récamierSa délicatesse ne l’a pas empêché de traverser une révolution, un Empire, des années de guerre, deux Républiques…. Elle reste mystérieuse car elle a su distiller pour la postérité ce qu’elle a souhaité. Les lettres de Juliette ne furent jamais retrouvées. Sa nièce Amélie Lenormand, qu’elle adopta, fut le garant de sa réputation mystérieuse. Qui était le père de Juliette ? Jacques-Rose Récamier – qu’elle a épousé à quinze ans- était-il son père ou son mari ? Catherine Decours nous aide à comprendre, avec délicatesse. Madame de Staël le présente d’une drolatique manière : «    De tous les hommes que je n’aime pas, c’est celui que je préfère ».

Juliette Récamier de Catherine Descours

Ce livre est une délicate fresque historique qui présente l’envers du décor de la Révolution, du premier Empire et de la Restauration. Nous y rencontrons Bonaparte et sa famille, Murat, Prosper de Barantes, Bernadotte, Napoléon, Talleyrand, Charles X.. Madame de Boigne, Madame Tallien, Madame de Chateaubriand, Madame de Genlis, la duchesse de Brogglie… Lamartine, Balzac, Saint-Beuve, Victor Hugo, Victor Cousin, Talma, Rachel.. Tout ceux qui font l’Histoire et l’histoire. 

Elle fut un point d’ancrage qui permettait à tous de se côtoyer, qu’ils soient Royalistes, Bonapartistes, Jacobins, Républicains, Impérialistes. C’est un de ses pouvoirs de magicienne en relationnel, sorte de trait d’union entre les êtres.

juliette récamier

Tous étaient amoureux de Juliette Récamier 

Et quel amour ! Ils lui vouaient une douce adoration, ne demandant en retour que sa présence. Pourtant, elle soufflait le chaud et le froid. Toutes les lettres de ses amoureux transis sont d’une grande émotion et je me surprends à rêver à en recevoir de telles. Lucien Bonaparte, Benjamin Constant, Adrien et Mathieu de Montmorency, Pierre-Simon Ballanche, Jean-Jacques Ampère, le prince Auguste de Prusse… pour ne citer que quelques uns de ses soupirants. A 40 ans, elle rencontre François-René de Chateaubriand qui sera son grand amour. A-t-il été son amant ? Ne fut-elle  qu’une coquette ? Je ne crois pas. Elle souffrait autant qu’elle faisait souffrir. C’était une grande mélancolique, toujours en quête d’être aimée. Une personnalité paradoxale donnant énormément, pour qui Françoise Dolto aurait pu faire beaucoup pour sa sensualité et sexualité. Ne connut-elle que des amours platoniques, malgré la foultitude de soupirants ? Il semblerait..

juliette récamier

Elle aimait être le point de mire, elle avait une beauté bien à elle, on pourrait dire intérieure, elle a crée son style : toujours habillée de blanc et elle ne portait que des perles, se refusant à étaler sa richesse. Elle innove beaucoup dans l’art du recevoir : par exemple, elle orna ses tables, de fleurs fraîches. Hôtesse admirable, elle a un mot et un regard pour chacun, du plus humble au plus puissant. Ses soirées sont fabuleuses; elle prévoit un réassort d’éventails, de chaussures de toutes tailles et couleurs, pour ses invitées qui auraient besoin de rafraichir leur tenue. Elle avait du tact, de la douceur, savait écouter.. En quelques mots, je dirais qu’elle avait du cœur, de l’empathie et du courage. Elle ose beaucoup de choses pour sauver et aider. Sans faire de politique, elle a horreur que l’on touche à ceux qu’elle aime. Elle prend des risques pour eux, sans perdre sa dignité.

Elle fut une idole, elle ne pouvait sortir sans provoquer un attroupement. Lorsqu’elle alla en Angleterre en 1802 avec sa mère, et elle fut reçue par le Prince de Galles. Elle y était connue comme une « fashionable beauty » elle fit une tournée triomphale : partout, les gens l’ovationnaient, voulaient la toucher. Une star à une époque sans média !

juliette récamier

                                           Portrait de Juliette peint sur ivoire par Augustin Jean baptiste Jacques ( natif de St Dié 88)

Elle a tout connu : la gloire, la richesse, l’exil, la pauvreté – son mari ayant fait deux fois banqueroute).. Elle resta égale à elle-même : toujours superbe et loyale. Elle savait s’attacher tous les cœurs.

juliette récamier

Je ne prenais aucun risque d’être déçue avec ce livre : il me fut recommandé par Eve Ruggieri. Je suis conquise. Catherine Decours m’a fait vivre avec Juliette, j’étais parfois Juliette. Dans sa belle demeure Chaussée d’Antin et son salon où résonnaient poèmes, opinions, musique, j’étais présente. A ses bals somptueux au château de Clichy, je dansais aussi en  toilette égyptienne, spartiate ou romaine. A Coppet chez Madame de Staël, entourée de l’élite intellectuelle, j’ai vécu des semaines inoubliables. Des complots contre l’Empereur, j’étais au courant. Je fus aussi de tous les voyages en Italie ( Pas dans la diligence qui finit dans un ravin, tuant le cocher .. il y a des limites). Dans les escapades chez Chateaubriand à La Vallée-aux-Loups, sous le nez et à la barbe de Céleste de Chateaubriand (2), je la suivais. J’étais à ses côtés à l’Abbaye-aux-Bois avec “l’Enchanteur”, j’ai écouté religieusement, Les mémoires d’Outre-Tombe lues par les esprits les plus brillants. Je vibrais avec Juliette aimée et aimante… 

Le style de Madame Decours est très agréable, fluide, vif, imagé. J’ai beaucoup apprécié le ton, l’humour. Un très joli livre. Merci.

Je vous recommande le livre de Catherine Descours

 (1)  Je vous invite à visiter ce blog pour un portrait de madame de Staël magnifiquement croqué par Jacqueline Baltran (2) : elle en fut pas si naïve que cela.. elle appelait les nombreuses maitresses de François-René, les « madame ».  Céleste de Chateaubriand est demeurée célèbre pour avoir créé en 1819 l’Infirmerie Marie-Thérèse, institution ayant pour mission d’accueillir les prêtres âgés et les nobles devenues veuves à la suite de la Révolution française. Située dans le quartier Denfert à Paris, cette institution existe toujours et accueille les prêtres retraités du diocèse de Paris., elle jouxte la Fondation Cartier. J’aime lorsque les fils de soie créent des liens entre les lieux et les gens que j’aime. Ma chronique : de la Fondation Cartier..

Peinture de Madame de Stael as Corinne – Vladimir Lukich Borovikovsky painted 1812 in Russia

PLK

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Apprentie-sage, à la fois frivole et mystique, lègère et spirituelle , gourmande et orthorexique, férue de nutrition, en recherche de sagesse

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