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Henriette Marie de France, reine d’Angleterre, Jean Ker et robes de soie

Henriette Marie de France, reine d’Angleterre, Jean Ker et robes de soie

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Henriette Marie de France, reine d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande reste  impopulaire en Angleterre. Je la connais un tantinet car elle est la fille du bon roi Henri IV que j’affectionne et de Maris de Médicis. Peut-être avez-vous laissé passer la découverte saluée comme l’une des plus importantes dans l’histoire maritime néerlandaise ? Ne vous fustigez point ! La découverte en août 2014 de l’épave du  » Boxwood  » fut tenue secrète, afin de ne pas attiser la curiosité ou la convoitise des voleurs ou pilleurs. J’ai eu l’information dans l’excellent blog du Monde Passeur de Sciences  de Pierre Barthélémy et du très sérieux History Blog. Les historiens affirment que la garde-robe retrouvée au large de l’île de Texel serait celle d’une de ses suivantes. 

 Henriette Marie de France « Fille, femme, mère de rois si puissants et souveraine de trois royaumes » 

Henriette Marie de France a été célébrée ainsi par l’oraison funèbre de 1669 de Bossuet. Il a admirablement décrit sa vie qui dira-t-il passa « d’une félicité sans bornes » à un « abisme d’amertumes », qu’illustrent « neuf voyages sur mer […] malgré les tempêtes ».

Louis XIII, le frère aîné de Henriette-Marie, roi de France très catholique entretint avec sa mère Marie de Médicis, des relations très tumultueuses. Il épousera Anne d’Autriche, la sœur du roi d’Espagne Philippe IV qui était déjà son beau-frère car il avait épousé sa sœur la Princesse Elisabeth de France. Ce sera un double mariage célébré en 1615. La vie a la cour est très compliquée, j’oserai dire très conspirante aussi. 

Richelieu  veut briser la toute-puissance Habsbourg en Europe, envisage de marier Henriette Marie de France; sa dernière sœur du Roi à l’héritier du Trône d’Angleterre, Charles Stuart, Prince de Galles, alors qu’il est protestant. Qu’en pense les Anglais ? Pas du bien, loin s’en faut ! Lorsque Charles I est couronné à l’abbaye de Westminster, Henriette Marie doit rester dehors tant la bataille anti-catholique faisait rage. Ceci dit, l’anti-protestantisme français n’avait rien à lui envier. La Reine, douée du caractère volontaire et entreprenant de son père, Henri IV, acquiert beaucoup d’influence sur le Roi.

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Henrietta Maria et  King Charles I avec leurs deux fils : Charles, Prince of Wales, et  James, Duke of York, peint par Anthony van Dyck, 1633. Le lévrier symbolise la fidélité conjugale entre Charles et Henriette

Elle quittera l’Angleterre, qui a mis sa tête à prix pour 50.000 écus, pour la France en septembre 1644. Elle mettra 3 mois pour arriver à Paris tant l’accueil des Français est enthousiaste. Louis XIII est mort depuis quelques mois mais Anne d’Autriche l’accueillera chaleureusement. Le 30 janvier 1649, Charles I est jugé pour haute trahison et décapité au palais de Whitehall. La sanglante république de Cromwell commence. Henriette-Marie fut très choquée à l’annonce de cette nouvelle. En 1651, elle fonde, pour les Visitandines, un couvent sur la colline de Chaillot dans lequel elle se retire. Elle aura tout de même le bonheur de voir cinq de ses enfants revenir en France.

L’argent  manque et Henriette Marie se retire au château de Colombes. En 1657, elle met en vente le joyau de ses bijoux le Grand Sancy, diamant blanc de 55 carats faisant partie des joyaux de la couronne britannique et considéré comme le plus beau diamant d’Europe. Elle vend à Mazarin par l’intermédiaire de Colbert. Celui-ci le léguera à Louis XIV en 1661.  (1) Il fait des collections du musée du Louvre depuis 1979. Aujourd’hui, il est au Louvre, dans la Galerie d’Apollon.

Il y a 400 ans, le naufrage de la flotte de la reine Henriette Marie de France

Quelle épave ? En Mars 1642, le reine-consort d’Angleterre Henrietta Maria s’embarque pour les Pays-Bas pour une mission secrète. Une flotte de 12 navires. Les innombrables atours des dames de sa cour nécessitaient d’autres navires à bagages dont l’un d’eux coula dans la mer des Wadden. Ce lien a été faite par les historiens Helmer Helmers de l’Université d’Amsterdam et Nadine Akkerman de l’Université de Leiden. Le début du XVIIe siècle était une époque difficile : misère, peste, guerres civiles, complots, révoltes, complots politiques et religieux.  Le navire et la cargaison ont coulé au fond de la mer où il a été conservé sous le sable pendant près de 400 ans jusqu’à ce que par hasard des plongeurs découvrent l’épave. Les archéologues ont découvert des vases et divers objets finement décorés et ce qu’ils prirent pour des chiffons : une garde-robe en étoffe précieuse.

Pour la petite histoire mais aussi la grande : elle ne réussit pas à lever des fonds car les acheteurs potentiels craignaient beaucoup plus les représailles du parlement anglais. Lors du retour de cette expédition en Hollande, elle essuya une énorme tempête, en février 1643, la Reine, exprimant son courage tel que le faisait son père :  » Les reines ne se noient pas. »

Robe lacée d’argent et d’or parfaitement conservée 400 ans après le naufrage

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Robe de soie. © Museum Kaap Skil. CREDIT: MUSEUM KAAP

Quelle était cette mission secrète ? Elle « livrait » sa fille Marie de 11 ans à la cour de Guillaume II, prince d’Orange dont le mariage avait eu lieu le 2 mai 1641, à Londres. Vous êtes offusqué(e) ? C’était ainsi à cette époque : intrigue, alliance et pouvoir !  Ceci était un prétexte bien commode car sa vraie mission était de vendre les joyaux de la couronne pour acheter des armes pour lutter contre les rebelles Roundhead. 

En sommes-nous sûrs ? Nadine Akkerman et Helmer Helmers, experts sur la Maison Royale de Stuart se sont basés sur une lettre écrite par Elizabeth Stuart (1596-1662) qui avait trouvé refuge à La Haye après avoir été exilée du royaume. Dans une lettre au diplomate anglais Sir Thomas Roe, en date du 17 Mars 1642, Elizabeth décrit comment sa belle-sœur avait perdu un navire de bagages pendant la traversée. Outre les vêtements de deux dames d’honneur et leurs servantes, la reine a perdu les «navires» de sa chapelle privée dans le naufrage. 

Quelle était la grande dame à qui appartenait la garde robe ? Par chance pour henriette Marie de France, ce n’est pas le navire qui transportait les bijoux de la couronne qui sombra, ni ses propres malles. Il s’agit de celle de Jean Ker, comtesse de Roxburghe 1585-1643, dame d’honneur et confidente de la reine Henriette-Marie ainsi que la gouvernante des enfants.

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Jane Ker, comtesse de Roxburghe
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A gauche : Exemple d’une robe similaire à celle découverte. A droite : robe de soie sauvée des eaux © Museum Kaap Skil. CREDIT: MUSEUM KAAP

Cette robe, ornée de motifs floraux, se compose d’un corsage aux manches amples et d’une jupe plissée ouverte à l’avant. Ont aussi été trouvés, des chemisiers brodés de fils d’or et d’argent, des bas en soie qui n’ont pas du tout le glamour des nôtres ! Voyez vous même.

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© Museum Kaap Skil. CREDIT: MUSEUM KAAP

Parmi ce butin, on trouve aussi une pochette de velours en broderies vue en Une de cet article, un peigne en corne de vache, des couvertures de livre, un pomander en pendentif – vous savez ces pommes de senteur ou pomme d’ambre, diffuseurs de parfum ?-, des poteries ont également été retrouvés.

C’est très émouvant de contempler ses effets sortis de l’eau après 4 siècles ! N’est-il pas ? Cela me fait tristement songer à ces effets que les sauveteurs repêchent en mer suite à l’accident du  vol MS804 d’EgyptAir, même si le naufrage du navire de Henriette Marie de France n’avait vraisemblablement fait aucune victime..

Vous souhaitez en voir plus ? Visitez THE EXHIBIT GARDE ROBE du Musée Kaap skil

Autre source : University d’Amsterdam

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Apprentie-sage, à la fois frivole et mystique, lègère et spirituelle , gourmande et orthorexique, férue de nutrition, en recherche de sagesse

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