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Carmen sous les étoiles au Château d’Haroué

Carmen sous les étoiles au Château d’Haroué

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Cet air tourne en boucle dans ma tête depuis vendredi soir tellement la belle découverte de la Micaëla d’Olga Tenyakova m’a enchantée.

«Je dis, que rien ne m’épouvante,
je dis, hélas ! que je réponds de moi ;
mais j’ai beau faire la vaillante,
au fond du cœur, je meurs d’effroi !
Seule en ce lieu sauvage,
toute seule j’ai peur,
mais j’ai tort d’avoir peur ;
vous me donnerez du courage,
vous me protégerez, Seigneur.»

Sans doute que vous avez reconnu ! L’air de Micaëla, « Je dis que rien ne m’épouvante » troisième acte dans Carmen de Bizet. Pourquoi ? Vendredi soir, nous sommes allés assister à « Carmen » mise en scène par le réalisateur Radu Mihaileanu qui a voulu en faire une ode à la liberté.  Que les choses soient claires, d’entrée de jeu : j’ai passé une belle soirée, emmitouflée dans mes plaids. Cependant, je vais apporter quelques bémols et satisfecits personnels.

L’histoire de la cigarière, tout le monde ou presque la connaît et l’aime. Cette femme libre qui préfère braver la mort que de renoncer à sa liberté est un mythe qui parle à tous. Tchaïkovski bon prophète annonçait que « d’ici dix ans, Carmen sera l’opéra le plus célèbre de toute la planète ». Donc, partons sur ce postulat : tout le monde connait. Ce qui n’empêche pas de la revoir, et revoir encore sans se lasser. D’ailleurs, elle dérange encore de nos jours…

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Gravure du château d’Haroué – Site Opéra en plein air Momagroup

 18 ème édition de la saison d’Opéra en plein air 

Comme le temps passe … L’objectif de ce festival est de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes artistes lyriques et de promouvoir l’opéra auprès de tous les publics. Cette noble mission de sortir l’Opéra de ses dorures bourgeoises pour aller à la rencontre d’un large public est réussie.  Une foule bien métissée a à nouveau répondu présente pour assister à cette Carmen.. jeunes, moins jeunes, bobos chics, baskets, talons hauts, personnes très âgées.. Une belle mixité, tous unis par la musique et le chant. C’était attendrissant d’entendre «  C’est la première fois que je vais écouter un opéra » ou  « J’espère que je vais aimer  parce que trois heures...». Ces rencontres se font dans des lieux magiques et historiques, et valorisent notre patrimoine : Domaine de Sceaux, le Château de Vincennes,  ou l’Hôtel national des Invalides pour clore la saison.

J’aime cette idée de délocaliser l’Opéra afin de permettre à tous d”y goûter. Il y a quelques années, nous avions apprécié Carmen au zénith avec Éve Rugerri qui avait la même ambition.

Carmen en plein air à l’ombre du château d’Haroué

Le Château de Haroué appartenant à la famille des Beauvau-Craon depuis le XVIII ème  est un joyau de Meurthe-et-Moselle(1). J’ai assisté à madame Butterfly mis en scène par Christophe Malavoy également un opéra en plein air à Haroué, en 2011. Le défi majeur  à relever en plein air est la projection de la voix humaine qui n’a pas de soutien. Et à Orange, me direz-vous ? Oui, mais Le théâtre antique d’Orange est une architecture  avec une acoustique extraordinaire où « la voix prend régulièrement appui, sans être repoussée» magnifiquement. Dans le cas qui nous occupe, les chanteurs et l’orchestre sont munis de micros ce qui tout de même nuit à la qualité des voix et de la musique, et c’est ainsi. A Haroué, les violoncelles – que j’apprécie beaucoup – couvraient un peu trop largement les voix.

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Double scène pour Carmen de Radu Mihaileanu – Source Page Facebook de Opéra en plein air

Comme vous le voyez sur le dessin, le plateau est divisé en deux espaces l’un au-dessus de l’autre, laissant entrevoir, entre eux deux une fosse dans laquelle est installé l’orchestre de Anne Gravoin. Les jolis décors de Séville sont réduits à leur plus simple expression car les changements sont quasi  impossibles. J’ai beaucoup apprécié lors de l’acte 3, la mer qui s’agite.. la mer ? Ah oui, il me faut vous préciser que Radu Mihaileanu a mis l’accent sur la mixité culturelle et l’acceptation de l’autre.

Ces thèmes lui sont chers et a effectué quelques changements : Les contrebandiers deviennent passeurs, aidant des familles de migrants à franchir la frontière, le plateau inférieur est transformé en une île où échouent les migrants, les Sévillans et les bohémiens, s’essayent à la danse africaine avec talent. Sur le principe, c’est intéressant, mais cela me semble-t-il, nuit à la sensualité de l’oeuvre et manquait un peu de flamboyance.

La version choisie est la version de Bizet, c’est-à-dire dans sa forme de l’opéra-comique avec dialogues parlés entre les airs. Parfait. La plupart des interprètes ne sont pas français – seul Eric Doyen l’est- et il est très aisé d’ identifier leur origine à leur diction, ce qui accentue l’idée du metteur en scène de marquer la mixité et la tolérance.

Je ne suis pas complètement conquise par la mezzo-soprane Gala El Hadidi/Carmen. Certes, elle occupe la scène avec brio, a un très joli timbre de voix mais elle ne dégage pas assez de fougue, de sensualité, de passion, de féminité envoûtante d’une Carmen amoureuse. D’ailleurs, à ce propos, je trouve dommageable que les duos amoureux manquent d’amour ! Ils ne se regardent même pas dans les yeux !  Le torero Escamillo très élégant,  manque un peu de panache ; il ne fait peut-être pas assez bad boy ?

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Salut des artistes by PLK

 Micaëla d’ Olga Tenyakova m’a subjuguée 

Mon coup de foudre va à Micaëla. Comme vous le saviez peut-être, ce personnage ne figure pas dans la nouvelle de Prosper Mérimée. Les librettistes Meilhac et Halévy se rendent compte du caractère insolent et provocant de Carmen car dans la nouvelle de Mérimée, on peut lire : «en se balançant sur les hanches, comme une pouliche du haras de Cordoue. […] À Séville, chacun lui adressait quelque compliment gaillard sur sa tournure ; elle répondait à chacun en faisant les yeux en coulisse, le poing sur la hanche, effrontée comme une vraie bohémienne qu’elle était.» Nous étions en 1847, cependant personne n’avait trouvé à redire pour la nouvelle. Ils  pensèrent toute de même à atténuer le caractère en opposant une Carmen à la jupe fendue, cigare au bec et décolleté plongeant à une Micaëla, douce et ingénue jeune fille à qui la mère de Don José souhaiterait le fiancer.

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Olga Tenyakova, soprano russe

Dans la plupart des versions que j’ai écoutées et/ou vues, ce personnage ne m’interpellait pas du tout. Je la trouvais falote. Mais ce soir, Micaëla/Olga Tenyakova m’a bouleversée. J’aurai écouté sans fin, sa complainte « Je dis que rien ne m’épouvante ». J’ai trouvé cette femme très courageuse et tellement malheureuse…ce que je n’avais jamais ressenti. Je ne suis pas la seule à avoir été enthousiasmée par elle : les applaudissements furent très nourris. Retenons bien son nom : Olga Tenyakova !

Opéra De Georges Bizet. Livret de Ludovic Halévy et Henri Meilhac d’après la nouvelle de Prosper Mérimée.  Mise en scène de Radu Mihaileanu Assisté par Diane Clément. Direction Musicale de Vincent Renaud. Scénographie de Bastien Forestier. Costumes de Barbara Del Piano. Lumières de Jacques Rouveyrollis.

Chœur :Unikanti. Chœur D’enfants : Maîtrise Des Hauts-De-Seine.Orchestre : Anne Gravoin / Music Booking Orchestra.

Avec Romain Delbart, Pierre Doyen, Gala El Hadidi, Eric Fennel, Andriy Gnatiuk, Franck Lopez, Tiago Matos, Gaëlle Méchaly, Gary Mihaileanu, Sahy Ratia, Pauline Sikirdji et Olga Tenyakova.

(1) Une chronique sur ce château est sous presse depuis.. quelques mois. Je procrastine ?

PLK

PLK

Apprentie-sage, à la fois frivole et mystique, lègère et spirituelle , gourmande et orthorexique, férue de nutrition, en recherche de sagesse

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