Vous connaissez mon goût pour ce genre littéraire.
Un recueil de quinze nouvelles, inspirées par les voyages de l’auteur, écrites avant 1917. En effet, Bounine (1870-1953) voyagea beaucoup avant la Première Guerre Mondiale, parcourant les Indes britanniques, Ceylan, l’Égypte, l’Afrique du Nord, – ce qui a eu de l’influence sur ses écrits.

J’ai adoré la nouvelle qui donne le titre au livre. Une écriture absolument incroyable, raffinée, élégante, fourmillant de détails mais aussi des pointes d’ironie. Une bergamote ! J’ai lu quelque part qu’en 1915, Ivan Bounine vit le livre de Thomas Mann, Mort à Venise, dans une vitrine. Ce titre lui rappelle un évènement récent : il séjournait à Capri, à l’hôtel Kvisisana, un touriste américain y mourut soudainement… L’idée lui vient d’écrire à son tour une sorte de Mort à Capri. Ce monsieur de San Francisco – jamais il ne sera nommé autrement -, riche américain fraichement retraité, accompagné de sa femme et sa fille, un brin condescendant est merveilleusement croqué. Luxe et décadence. Une morale à la La Fontaine…
J’ai beaucoup aimé également « 𝑳𝒆𝒔 𝒓ê𝒗𝒆𝒔 𝒅𝒆 𝑻𝒄𝒉𝒂𝒏𝒈 » : Tchang, vieux chien somnolant, compagnon du capitaine qui lui sert sa vodka, avec lequel six années durant « il lia sa vie terrestre ». Le lecteur oscille entre les souvenirs d’une vie maritime jadis haute et noble et l’aujourd’hui décadent
« 𝑳𝒂 𝑮𝒓𝒂𝒎𝒎𝒂𝒊𝒓𝒆 𝒅𝒆 𝒍’𝑨𝒎𝒐𝒖𝒓 » est très émouvante histoire de Khvoschinsky qui n’est plus sorti de chez lui après la mort de la belle Louchka qu’il adorait et a passé sa vie durant à lire…
« 𝐋𝐞 𝐟𝐢𝐥𝐬 » également est l’intéressante histoire de madame Marot et du jeune fils de sa meilleure amie.
Toutes délivrent un message et sont assez sombres. La plupart sont très imprégnées de l’âme russe.
Bounine est sans doute le plus grand prosateur russe du XXème siècle, lauréat du prix Nobel de littérature en 1933. Il a écrit son premier poème à 8 ans ! Lors de la révolution d’Octobre, il a 47 ans et est déjà un écrivain reconnu en URSS. Il fuit Moscou le 21 mai 1918 pour s’installer dans le sud du pays, tenu par les armées blanches. Antibolchévique, il quitte la Russie pour les Balkans en 1920, puis s’installe en France, où il vivra à Paris et à Grasse. Il sera une figure marquante de l’émigration russe.
Connaissez-vous cet auteur ?
Le monsieur de San Francisco d’Ivan Bounine
327 p – 1984 – Editions Stock































