Coup de cœur ! Un roman à l’écriture élégante, très travaillée, raffinée, que j’ai dévoré.

1831. Antoinette Cosway, jeune femme blanche et créole, 27 ans, orpheline, vit à Coulibri avec Christophine, une gouvernante, esclave affranchie. Elle est sous la protection de Jonas Mason, riche propriétaire. Il souhaite la marier. L’occasion se présente en la personne de Edward Fairfax Rochester, un bel Anglais ténébreux de très bonne famille sans un penny, à qui la belle dote de la jeune femme redorerait son blason. Tout semble parfait : ils sont amoureux… Puis les premiers signes d’emprise apparaissent… La première partie se déroule à la Jamaïque, la seconde dans le Yorkshire, en Angleterre du XIXème siècle où elle devient Bertha. Antoinette raconte – vous découvrirez à qui – comment elle finit dans ce grenier du 3 éme étage de Thornfield Hall… d’où le JE du titre ?
Rochester est un modèle de pervers narcissique (à cette époque, évidemment cela n’était pas nommé) : domination, possession, mensonge, manipulation, violence, humiliation, isolement. Tout y est ! Un vrai manuel pour expliciter le gaslighting comme le nomme les anglo-saxons. Á certains moments de la lecture, j’ai ressenti la même émotion que dans le dernier ouvrage d’Adeline Dieudonné..
« 𝒞𝑒 𝓆𝓊𝑒 ℛ𝑜𝒸𝒽𝑒𝓈𝓉𝑒𝓇 𝓃’𝒶𝒾𝓂𝑒 𝓅𝒶𝓈, 𝒾𝓁 𝓃𝑒 𝓁𝑒 𝒹é𝓉𝓇𝓊𝒾𝓉 𝓅𝒶𝓈. ℰ𝓉 𝒸𝑒 𝓆𝓊’𝒾𝓁 𝓃𝑒 𝓅𝑒𝓊𝓉 𝓅𝒶𝓈 𝒹é𝓉𝓇𝓊𝒾𝓇𝑒 𝓃𝑒 𝓁’𝒾𝓃𝓉é𝓇𝑒𝓈𝓈𝑒 𝓅𝒶𝓈. » (𝓅. 𝟷𝟸𝟽)
Antoinette est très attachante. J’ai apprécié, son père adoptif, Jonas Mason. J’ai aimé retrouver Mme Fairfax.J’ai regretté que l’entourage de l’héroïne soit dans le déni car l’emprise de Rochester se fait sous leurs yeux. Comme souvent dans ces cas. J’ai tout de suite détesté Georgina.
Il est question aussi de colonialisme, l’identité créole, fin de l’esclavage, racisme, violence sociale, patriarcat, folie, place des femmes.
J’ai adoré les descriptions de la Jamaïque coloniale, l’Angleterre victorienne, les missives.
Se pose la question de la légitimité de s’approprier le personnage de Rochester.. Intéressante question. J’ai lu Jane Eyre, mais j’ai choisi de prendre un peu de distance avec le roman de Charlotte Brontë. L’auteure, en épigraphe, nous confie ce qu’elle doit à Charlotte Brontë et à Jean Rhys. Pour moi, JE n’en est pas le préquel !
Je suis en plein paradoxe car je n’ai pas lu « Je voulais vivre » d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre qui donne voix à Milady de Winter, l’ennemie des mousquetaires d’Alexandre Dumas. Pourquoi ? On ne touche pas à Dumas ! Paradoxale, je suis !
Et ce titre ? JE : les initiales de Jane Eyre ou le pronom personnel première personne du singulier désignant le locuteur ? Les deux sans doute.
Un livre très touchant. Qu’attendez-vous pour le lire ?
J’ai mis dans ma malle-à-lire Wide Saragosse Sea /𝙇𝙖 𝙥𝙧𝙞𝙨𝙤𝙣𝙣𝙞è𝙧𝙚 𝙙𝙚𝙨 𝙎𝙖𝙧𝙜𝙖𝙨𝙨𝙚𝙨 de Jean Rhys paru en 1966
JE de Lilia Hassaine
256 p – 2026 – Gallimard la Blanche






























