Lydia Tchoukovskaïa, une auteure que je ne connaissais que de nom. La plongée est fortement inspiré de son expérience personnelle.
Publié en 1967, ce beau récit, d’une grande simplicité, porte en épigraphe la citation de Tolstoï : « ℒ𝒶 𝓂𝑜𝓇𝒶𝓁𝒾𝓉é 𝒹’𝓊𝓃 𝒽𝑜𝓂𝓂𝑒 𝓈𝑒 𝓇𝑒𝒸𝑜𝓃𝓃𝒶î𝓉 à 𝓈𝑜𝓃 𝒶𝓉𝓉𝒾𝓉𝓊𝒹𝑒 𝑒𝓃𝓋𝑒𝓇𝓈 𝓁𝒶 𝓅𝒶𝓇𝑜𝓁𝑒. »

« Nous sommes en février 1949, et la Jdanovchina – la purge des intellectuels perpétrée par Andréi Jdanov, le criminel en charge de la culture sous Staline – commence. Il va superviser jusqu’à sa mort le contrôle politique sur les livres, les films, la musique et les tableaux, réduisant les artistes soviétiques au désespoir.
« L’action se passe dans une maison de repos pour écrivains dans la partie russe de la Finlande. Nina Sergeievna, traductrice très cultivée, est l’une des privilégiés auxquels l’Union des écrivains a accordé un mois de repos à la campagne. Elle est là pour se reposer et travailler à ses traductions. Ce qu’elle essaie de faire, c’est de 𝐬𝐞 𝐩𝐥𝐨𝐧𝐠𝐞𝐫 dans la rédaction d’un récit de la disparition de son mari pendant les persécutions staliniennes de 1938, et de se libérer – au moins en partie – d’un long cauchemar. »
Elle se lie d’amitié avec Bilibine (j’ai songé à Ivan Bilibine le peintre). Écrivain lui aussi, il a vécu des années dans un camp de travail, et serait -pense-t-elle- à même de l’aider dans sa « 𝐩𝐥𝐨𝐧𝐠é𝐞 » en lui racontant ce que son mari a probablement vécu.
« 𝒪𝓃 𝓅𝑜𝓊𝓋𝒶𝒾𝓉 𝓇𝑒𝒸𝑜𝓃𝓃𝒶î𝓉𝓇𝑒 𝓁𝒶 𝓋é𝓇𝒾𝓉é 𝒹𝓊 𝓂𝑒𝓃𝓈𝑜𝓃𝑔𝑒 𝒹’𝒶𝓅𝓇è𝓈 𝓁𝑒 𝓉𝑜𝓃 𝒹𝑒𝓈 𝓂𝑜𝓉𝓈 ! »
Il s’agit d’une sorte de journal écrit par la narratrice qui vit des moments d’introspection. Elle souffre dans cette ambiance pesante où la lutte contre le « cosmopolitisme » c-à-d l’influence de l’étranger, avec une forte teneur antisémite qui suinte. Et de la propagande omniprésente, des oreilles promptes à dénoncer. Elle trouve le calme et l’apaisement au cours de ses promenades dans la forêt enneigée et bienveillante.
Elle finira son manuscrit qu’elle intitule 𝙇𝙚𝙨 𝙡𝙖𝙢𝙥𝙖𝙙𝙖𝙞𝙧𝙚𝙨 𝙨𝙪𝙧 𝙡𝙚 𝙥𝙤𝙣𝙩. Elle nous en propose un extrait. Ces pages sont magnifiques, très émouvantes, effarantes. P 146 à 160. (Des extraits de 𝗦𝗼𝗻𝗶𝗮 𝗣𝗲𝘁𝗿𝗼𝘃𝗻𝗮 transcrits à la première personne)
Nina est courageuse, entière et attachante. Elle qui avait peut-être rencontré l’âme-sœur va vivre la grande désillusion.
J’ai aimé retrouver ou découvrir les poésies et textes de Pasternak, Blok, Essenine et tant d’autres grandes plumes russes.
J’ai été attendrie par sa rencontre avec la petite fille Liolka. J’ai été terrifiée par Piotr Klokov et Sergueï Dmitriévitch.
Je suis admirative de cette auteure – il y en a d’autres -, qui n’écrit pas pour la notoriété car elle devait cacher son manuscrit et que rien n’était moins sûre que sa publication.
Je me demande comment les écrivains pouvaient écrire sous cette terreur soviétique…
Les passages sur la nature enneigée et les balades sont remarquables de poésie où tous les sens sont en éveil.
J’ai aimé l’avant-propos de Sophie Benech. Les é𝗱𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗱𝘂 𝗯𝗿𝘂𝗶𝘁 𝗱𝘂 𝘁𝗲𝗺𝗽𝘀 créées en 2008 par Antoine Jaccottet et sa femme Shoshana Rappaport-Jaccottet possèdent un catalogue qui sort des sentiers battus et permettent la (re)découverte d’auteurs importants.
J’ai vraiment beaucoup aimé ce texte. L’avez-vous lu ?
La plongée de Lydia Tchoukovskaïa
2016 p – 1967 – Editions Le bruit du temps































