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Marc Mauguin trame des nouvelles autour des tableaux d’Edward Hopper

Marc Mauguin trame des nouvelles autour des tableaux d’Edward Hopper

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Une belle idée des éditions Robert Laffont : lancer « Les passe-murailles » une collection qui propose aux lecteurs des romans et récits ayant comme point de départ un ou des tableaux, de préférence connus du monde entier.  Marc Mauguin est le premier à s’y risquer avec Les attentifs : douze  nouvelles faisant toutes référence à des toiles d’Edgar Hopper. Tout pour me plaire ! J’affectionne le genre des nouvelles.  Je suis admirative de la façon dont l’auteur parvient  à donner vie à un personnage et concocter une histoire à la chute souvent bien ficelée, en quelques pages. Et Edward Hopper m’a séduite déjà depuis tuitant. Je vais surement trouver mon bonheur dans ce livre Les attentifs

 Edward Hopper, peintre du quotidien et de la solitude

Tout le monde aime Hopper ? Presque. Edward Hopper(1882-1967)  fut très connu de son vivant. Il a un succès incroyable. Souvenez-vous de l’exposition en au Grand Palais en 2013 qui a battu tous les records de fréquentation et qui du être prolongée. C’est vrai qu’il était francophile : il parlait français et avait lu Victor Hugo, Mallarmé,  Zola, Verlaine,  Rimbaud… Il a représenté toute l’Amérique du début du XXème siècle jusqu’aux années 1960. Il a peint des moments de vie, des arrêts sur image, parfois inquiétants, toujours énigmatiques et froids. Son style  marqué par des formes géométriques  parfaitement bornés et des grands aplats de couleurs franches – rose framboise, bleu métallique, vert d’eau, jaune orangé..-  est reconnaissable entre tous. Il est aussi le peintre de la lumière à telle enseigne qu’ il est possible de déterminer l’heure où ses scènes se déroulent. Ce qui est aussi remarquable, c’est l’absence de communication entre les personnages.

Il n’a eu qu’un seul modèle, sa muse et son épouse : Josephine Nivison, Jo. Avez-vous remarqué que les enfants et les animaux sont les grands absents des peintures de Hopper ? Ah ! non, avec Cap Cod Evening de 1939,  il a peint leur chien.

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Cap Cod Evening est l’amorce de la nouvelle «  Chien et loup » dans le livre de Mauguin.

Edward Hopper avait coutume de dire aux journalistes : « Si vous pouviez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre »

J’ai adoré l’application à très haute définition D’une fenêtre à l’autre, où Didier Ottinger – commissaire de l’exposition – proposait avec neuf tableaux d’Edward Hopper -« House by a railroad », « Nighthawks », « Soir Bleu », « Gas », « Morning Sun », « New York Movie », « Two Comedians », « Office at Night », « Ground Swell »- de plonger dans les influences artistiques de Hopper : les peintres (Rembrandt, Vermeer, Van Gogh), vers les écrivains  (Hemingway, Thoreau, Verhaeren, Freud, Emerson..) et de son empreinte sur le cinéma (Psychose, Les Moissons du ciel, Les Tueurs).

Hopper est inspirant ! J’aime les photographies composites intitulée Hopper meditations du new-yorkais Richard Tuschman. Il a d’abord créé des dioramas, c’est-à-dire des décors miniatures, qu’il a peints puis  il intègre les  modèles photographiés à part, grâce à Photoshop (1).  La photographe hollandaise Laetitia Molenaar a présenté dès 2012 des photographies très directement inspirées des sujets d’Edward Hopper. Qu’en dites-vous ?

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Second Story Sunlight 2011/12 © Laetitia Molenaar

 Les attentifs de Marc Mauguin

Douze tableaux, 12 nouvelles. Il est vrai que tout à chacun s’est surement essayé à construire son propre récit à partir de ces tableaux où les non-dits semblent si criants ! Je l’ai fait. Nonobstant, Marc Mauguin avec son talent de narrateur, répond à mes questions en imaginant leurs histoires.

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Edward Hopper, Cape Cod Morning, 1950, oil on canvas, Smithsonian American Art Museum, Gift of the Sara Roby Foundation, 1986.6.92

Cape Cod Morning : Une femme regarde à travers la bow-window, l’œil rivé sur quelque chose… Elle semble si crispée, si tendue… « Lointain» raconte son histoire, si émouvante. C’est la première nouvelle, je fus séduite. Elle est une de mes préférées.

Winslow l’avait appelé ainsi la première fois où il était venu : « Le poste de commandement du capitaine Jo ! » Elle avait ri car elle s’était vue, soudain, dans la rotonde que formaient les trois panneaux vitrés lui permettant d’avoir une vision à cent quatre-vingts degrés sur l’extérieur, comme à la proue d’un navire ! Extrait p14

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Edward Hopper. Second Story sunlight (1960). Whitney Museum of American art. N-Y

Sur une terrasse, une femme aux cheveux blancs assise dans un fauteuil et une jeune femme blonde juchée sur le rebord du balcon. Le titre en est Soleil au premier étage et nous sommes en droit de nous demander si ce soleil ce ne serait pas la jeune fille provocante ? La vieille dame serait-elle jalouse de cette beauté juvénile? Je me suis régalée avec  « Premier plan ».

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Gas, 1940 by Edward Hopper

Gas.. Un tableau parmi les plus connus ! On se demande bien ce que fait ce pompiste dans sa station-service perdue en rase campagne… Marc Mauguin vous raconte une histoire triste dans « Perspectives »  qui vous rappelera très certainement un certain film..

Summertime – en Une –  est le point de départ de « Empâtement ». Mais que fait cette belle jeune femme en robe très légère et transparente ? Qui attend- elle ?  Très troublant récit.

12 tableaux, 12 nouvelles..  Un vieux couple obligé de vivre à l’hôtel, une femme prête à tout pour l’homme qu’elle aime, une qui se libère de ses chaînes, une autre qui hérite de son richissime mari – ah ! c’est dans la file d’actualité -, un homme qui attend le retour de son épouse… Certaines  se recoupent, et laissent apparaître un certain fil rouge.

 Ce que j’en dis 

Oui j’aime les nouvelles. C’est un exercice assez périlleux que certains auteurs ne parviennent pas à rendre. Marc Mauguin l’a réussi allègrement. Cette lecture est palpitante. Il a rendu l’ambiance des tableaux à merveille. Hypocrisie, avarice, jalousie, relations mère-fille-belle-fille, rejet social, tromperie,  suffisance et muflerie, solitude.. Tous ces sentiments sont dépeint dans ces courtes histoires où les œuvres de Hopper prennent vie. J’ai beaucoup aimé cette lecture.

J’ai sous le coude « Les uns, les autres » un ouvrage collectif de la même collection Passe-muraille où onze auteurs imaginent une rencontre avec un musicien, un écrivain, un cinéaste ou un peintre dans un lieu où ils ont séjourné. J’ai hâte de rencontrer le fantôme de Giacometti à Paris, Albert Marquet au Pyla, Cocteau et Radiguet au Cap- Ferret… Je me fais une joie de lire cet ouvrage en terrasse du restaurant d’altitude face au Mont-Major, un thé fumant à la main.

PLK

PLK

Apprentie-sage, à la fois frivole et mystique, lègère et spirituelle , gourmande et orthorexique, férue de nutrition, en recherche de sagesse

2 Comments

  1. Chère Madame,
    Merci pour votre retour sur « Les attentifs » que je découvre cette après-midi.
    Je suis heureux que vous ayez pris plaisir à cette lecture.

    Bien amicalement,

    Marc Mauguin

    1. Bonjour monsieur Mauguin, je vous remercie vivement de votre message. Oui, j’ai beaucoup aimé votre livre.Je viens d’ajouter à ma pile à lire : « Ponts coupés ». Cordialement. PLK

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