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Le lycée 4.0 : quels sont les bénéfices et risques ?

Le lycée 4.0 : quels sont les bénéfices et risques ?

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Afin de proposer à la jeunesse des conditions de travail modernes, la Région Grand Est a fait le choix d’encourager une démarche pédagogique nouvelle au travers d’un ambitieux plan numérique éducatif et d’encourager la création le lycée 4.0. L’utilisation des Technologies de l’Information et de Communication (TIC) fait dorénavant partie du quotidien professionnel et personnel. « Ces nouveaux usages représentent un enjeu stratégique qui modifie les modes d’acquisition des savoirs » lit-on sur le site du Conseil régional Grand Est. A première vue, ceci apparaît comme un bond en avant et une heureuse initiative. Mais encore ?  Bien sûr, le coût pour les familles – même avec la participations financière de la région – , les lycées, la région ( bah ! c’est l’état qui paie, non ?) . Soyons moins prosaïque et regardons plus en avant, voulez-vous ?

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Sur les pupitres des élèves, au lycée des métiers Goulden de Bischwiller, au nord de Strasbourg, aucun manuel scolaire ou cahier, à peine une trousse. / AFP via la Croix

Une certitude toutefois :  le tout numérique du lycée 4.0 ne va pas résoudre les maux de l’école. Nonobstant, l’école ne peut pas passer à côté. Je suis d’accord : Le rôle de l’école est  d’éduquer les élèves aux usages du numérique, ajouter une corde à leur arc. Cependant, une enquête Pisa/OCDE réalisée en 2012 et revue en 2015 sous l’angle de la numérisation des systèmes scolaires avance qu’  « En moyenne, au cours des dix dernières années, les pays qui ont consenti d’importants investissements dans les nouvelles technologies n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves ». Ces études sont de 2015, attendons les nôtres. Mais voyons les autres composantes du problèmes. Est-il judicieux d’allonger le temps passé par les jeunes devant les écrans ? N’est-il pas paradoxal de demander aux parents de limiter l’exposition aux écrans de leurs enfants, si l’école fait l’inverse ?

Et les risques sanitaires ?

99 % des jeunes de 12 à 17 ans se déclarent Internautes et 84% d’entre eux sont inscrits à un réseau social. Il est facile d’en déduire le temps d’exposition aux ondes et LED.

  • Ondes et écrans LED sont au cœur des inquiétudes formulées par des instances telles que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou encore l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

« L’OMS les a classées comme ‘cancérogènes possibles’ pour l’homme et l’Anses préconise, dans un rapport de juillet 2016, d’éloigner les enfants de ces ondes »

Que faire pour limiter l’exposition des élèves ? Comment concilier développement des usages et limitation des expositions aux ondes, afin d’en réduire les dangers potentiels pour les élèves ? La loi Abeille de 2015  prévoit notamment l’interdiction de l’installation du WiFi en crèches et garderies (mais pas en maternelles) et la désactivation des dispositifs WiFi en primaire en dehors des activités pédagogiques les impliquant. Mais rien de tel pour le collège ou le lycée. L’usage du WiFi à l’école est souvent justifié pour des raisons budgétaires. Peut-on préconiser le filaire ?

La majorité des terminaux, routeurs émetteurs WiFi de dernière génération comportent un bouton on/off pour le WiFi : pourquoi ne pas le désactiver lorsqu’il n’est pas utilisé ? La plupart du temps, les élèves n’auront pas besoin du Wi-Fi : Ils utilisent des tablettes non connectées, sur lesquelles ils ont, au préalable, téléchargé des activités pédagogiques.

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  • La lumière bleue est nocive pour la vision et de facto, les élèves vont passer encore plus de temps sur les tablettes et ordinateurs.

 Les LED des écrans ont une proportion de lumière bleue plus importante que la lumière naturelle, ce qui perturbe le sommeil et peut abîmer la rétine. L’Institut du Sommeil et de la Vigilance a notamment alerté à ce sujet, indiquant que « l’utilisation d’Internet et des équipements mobiles sont associés à des éveils et à un sommeil de médiocre qualité ».

Alors, la concentration en classe sera directement impactée ! Mauvaise humeur, troubles de l’endormissement, fatigue seront-ils également au programme ? Une préconisation ? Équiper tous les jeunes de lunettes anti-lumière bleue et recommander d’ éviter de regarder les écrans dans les 2 heures précédant l’endormissement. Cela sera-t-il suffisant pour contrer la nocivité ?

Internet prend-il le contrôle de notre mémoire ?

Oui Google est notre ami ! Il est la ressource infaillible, notre « e-mémoire». Sans doute, avez-vous vécu cette scène domestique où au moindre manquement de notre mémoire ou savoir, nous allons chercher la réponse sur la toile ! Pourquoi acquérir des savoirs immédiatement disponibles sur notre smartphone ? Certains se posent la question.

Les lycéens vont -ils devenir des êtres juste capables de cliquer sur des liens ?  Les scientifiques en sont sûrs : surfer modifie les connexions neuronales. Ah oui ?  Et bien comme tout ce que nous faisons. Plus précisément dans cette activité, une étude américaine menée en 2008 a montré que la pratique régulière du Web augmentait l’activité dans le cortex préfrontal, soit la zone impliquée, entre autres, dans la prise de décisions. Ce qui n’est guère surprenant car le surfeur doit prendre sans cesse une décision : cliquer ou pas ( est-ce le nouvel être ou ne pas être ? ) au lieu de se concentrer sur la lecture. Des chercheurs ont constaté qu’à force de cliquer d’un lien à l’autre, des élèves de CM2 s’écartaient du motif de leur recherche au point de l’oublier ! Les scientifiques appellent cela la « désorientation cognitive ». De fait, notre mémoire de travail – celle qui permet de retenir à court terme ce que nous lisons –  est vite à saturation lorsque beaucoup d’informations lui sont offertes. Il s’en suit que ces données sont perdues avant qu’elles ne soient transmises à la mémoire à long terme… Or c’est elle qui nous permettent de penser intelligemment en mettant en perspective des faits nouveaux, en organisant nos idées. Ne jouons pas les Cassandre ! Mais ce dont les scientifiques sont sûrs c’est que surfer n’enrichit pas de la même manière que lire un livre.

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Stylo versus clavier : le match 

Claude Duneton (1935-2012) – écrivain et historien du langage – analysait cet effet « Apple » de notre écriture dans une chronique. Il écrivait : «  La personne qui rédige un texte sur écran manifeste une tendance naturelle à écrire des phrases courtes […]   Des phrases courtes, de moins de vingt mots, souvent formées de juxtapositions sans verbe, marquent le degré «Apple» de l’écriture moderne.»  Pourquoi ? Lorsque nous écrivons à la main, les zones du cerveau traitant la formation du langage et l’interprétation des sensations sont activées. De la même façon, l’aire de Broca responsable de l’assemblage des lettres en mots et de leur compréhension se met en action.

L’écriture sur ordinateur s’apparente à un flux de pensées, tandis que l’écriture manuscrite est une forme plus élevée de la pensée abstraite. : la création d’un texte manuscrit nous fait penser de façon plus large, et engage notre raisonnement abstrait.

En prenant des notes sur l’ordinateur, les élèves ont tendance à écrire tout ce que le professeur dit. Et la plupart de leur énergie est consacrée à l’écriture de l’ensemble du discours, mot pour mot, au lieu de réfléchir et de synthétiser ce que dit l’orateur. Deux psychologues Pam Mueller, de Princeton, au New Jersey, et Daniel Oppenheimer, de l’Université de Californie à Los Angeles ont demandés à des étudiants assistant à une conférence de prendre des notes et prévenu qu’il leur serait posé des questions à la fin. Le groupe fut divisé en deux : l’un prendrait les notes à l’ancienne à la main, l’autre ayant droit à l’ordinateur. Les conclusions montrent des résultats équivalents pour les questions d’ordre factuelle mais pour les questions concernant la compréhension des concepts dont il était question dans la conférence, le groupe des prises de notes manuscrites fut largement plus performant. Une semaine après la conférence, les résultats furent identiques : ceux qui avaient pris des notes manuscrites ont mieux répondu. Pourquoi ? Souvenez-vous de vos prises de notes en cours ! Les abréviations, les trucs personnels que vous aviez inventés pour écrire, la sélection que vous pratiquiez afin de ne noter que ce qui était important ? Les scientifiques ont vérifié que dans les notes manuscrites, les étudiants modifient les phrases et expriment les idées de telle sorte qu’il leur est plus facile de les retranscrire et de s’en souvenir ; sur un ordinateur, ce processus intellectuel n’intervient pas ou prou.(1)

Le cerveau des étudiants qui utilisent des appareils électroniques de prise de notes n’est pas stimulé pendant le cours, mais seulement au moment de réviser.

Une solution ? Peut- on utiliser un stylet et des applications qui permettent de noter électroniquement et permettrait le processus de réflexion ? 

Les scientifiques de l’Université Stavanger en Norvège ont conclu que la capacité à écrire rapidement facilite la lecture, et vice versa : les personnes qui lisent lentement ont tendance à écrire plus difficilement. 

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La question d’utiliser Internet en cours pour faire autre chose (réseaux sociaux, consultation sites et messageries, jeux vidéos…) que de consulter un livre numérique va fatalement se poser. Notons que dans les lycées, les téléphones portables sont interdits en cours. Ajoutons aussi, mettre en action un ordinateur prend plus de temps qu’ouvrir un livre, sans compter les bugs et les problèmes de pannes informatiques qui ne manqueront pas de se poser…

Avec le lycée 4.0, « Une révolution pédagogique est en marche » affirme la région Grand Est.

Je n’en sais rien, je demande à voir. Je ne suis pas franchement convaincue et regrette beaucoup que le livre soit abandonné car certains lycéens n’ont que les livres scolaires comme livres à manipuler. Suis-je rétrograde ? Pessimiste ? Les grands patrons de la Silicon Valley confiaient en 2014 tenir leurs enfants à l’écart des nouvelles technologies, étant particulièrement bien placés pour en connaître les dangers. En tout cas, c’est HP qui sourit avec un énorme nouveau marché d’un quart de million d’acheteurs potentiels (lycéens et enseignants) pour écouler ses ordinateurs de fin de série, et Microsoft car toutes les machines devront être équipées de Windows 10 !

Le lycée 4.0 : A suivre pour évaluer.

Sources : (1) The Pen Is Mightier Than the Keyboard Advantages of Longhand Over Laptop Note Taking Pam A. Mueller, Daniel M. Oppenheimer, Pam A. MuellerFirst Published April 23, 2014 
PLK

PLK

Apprentie-sage, à la fois frivole et mystique, lègère et spirituelle , gourmande et orthorexique, férue de nutrition, en recherche de sagesse

5 Comments

  1. Excellente réflexion comme toujours 🙂

    Pour ma part, je m’interroge surtout sur le contenu de l’enseignement et la pédagogie développée.
    Après-tout, la tablette, le portable ne sont que des outils, des supports, des contenants, comme les livres au fond.
    Voici un excellent livre dont devrait s’inspirer tous les pédagogistes de l’Education Nationale, s’ils n’avaient pas à cœur de propager
    « l’impuissance apprise» et le « reste à ta place » pour faire tourner à plein régime la « fabrique des crétins ».
    Idriss ABERKANE : « Libérez votre cerveau »
    https://www.youtube.com/watch?v=9UnxNLpNIG4

    1. bonjour Visiteuse, je ne connaissais pas la neuro-ergonomie. Apprendre en jouant est très bien compris pour faire apprendre aux enfants, à nous de développer cela pour les plus grands. Merci pour ce lien que je vais diffuser la vidéo et acheter ce livre.. Je rêve d’une école buffet à volonté de connaissances sans maître d’hôtel tyrannique;-) A suivre … Belle journée

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