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Le phalanstère

2013-04-22747Views
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J’aime découvrir de nouveaux mots. Je feuillette les dictionnaires avec plaisir. Dans une émission sur Arte, j’ai entendu: Phalanstère. « En bonne vérité » comme disait mon arrière-grand-mère, je n’ai jamais ouï ce mot. La sonorité est magnifique, elle évoque quelque chose de mystérieux. Formé du grec Phalanx voulant dire formation militaire rectangulaire, et stereos: solide, il désigne un lieu où tous les éléments d’une vie communautaire autarcique sont rassemblés: usine, école, habitat, cour intérieure, théâtre, commerce… Alors, qu’est-ce ? Petit zoom arrière..

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Le phalanstère : le rêve de Godin

Vous connaissez surement les poêles et cheminées Godin ? Jean-Baptiste André Godin industriel français inspiré par le socialisme utopique et acteur du mouvement associationniste est le créateur de la société des poêles en fonte Godin. Philanthrope, il rêvait d’une société idéale et il mit à profit sa réussite économique en s’employant à améliorer les conditions de vie de ses ouvriers. Il n’était pas un patron paternaliste : il souhaitait la juste redistribution des richesses en fonction des besoins de chacun et que la population soit « maitresse de son destin ». Il voulait que les familles d’ouvriers connaissent le même confort dont seuls les Bourgeois jouissaient. Il fit construire des bâtiments d’habitation pour ses ouvriers et leurs familles à partir de 1859, à Guise, près de son usine. Il s’inspira directement du phalanstère de Fourier- à partir de plans de l’architecte fouriériste Victor Calland,- et comme il le fera toujours, accommode la théorie de Fourier pour l’adapter à ses propres idées. Il nomma sa réalisation : « le Familistère ».

Jean-Baptiste Godin écrit en 1874: «Ne pouvant faire un palais de la chaumière ou du galetas de chaque famille ouvrière, nous avons voulu mettre la demeure de l’ouvrier dans un Palais : le Familistère, en effet, n’est pas autre chose, c’est le palais du travail, c’est le PALAIS SOCIAL de l’avenir» (1).

Le familistère comprend plusieurs ensembles de bâtiments dont le Palais social, destiné à l’habitation, le pavillon Cambrai, situé à l’écart du Palais social construit en 1883, le bâtiment des économats, le bâtiment des écoles et du théâtre, Une piscine située sur l’autre rive de l’Oise, du côté de l’usine au bassin de 50 m² et profond de 2,50 m est équipée d’un plancher mobile en caillebotis qu’un treuil permet de relever jusqu’à la surface de l’eau. Les enfants peuvent ainsi apprendre à nager sans danger- l’Oise est toute proche, les risques d’accidents étaient importants- et s’adonner à la baignade, même si la natation n’est pas encore à cette époque un loisir, elle est pour Godin, une activité physique qui entretient le corps et préserve la santé.

Hygiéniste convaincu, les 495 appartements de plusieurs pièces aménagés dans l’ensemble des cinq pavillons du Familistère possèdent des vide-ordures et du chauffage, sont très aérés et lumineux. Il est interdit de faire la lessive dans les logements afin d’éviter l’humidité source d’insalubrité. Les femmes ont à leur disposition, une grande buanderie.

                               

A – Familistère central : logements, magasins.  B – Aile gauche : logements et bibliothèque.   C – Aile droite : logements et salle du conseil D – Boulangerie, café, billard.     E – Ecoles maternelle et primaire. F – Théâtre  G – Place  H – Boucherie, restaurant  I – Ecurie et basses-cours   J – Potager K – Buanderie, bains  L – Gazomètre  M – Bureaux  N – Bureaux et dessin O – Fonderies, magasins    P – Parc

Il accorde  une grande importance à l’éducation des enfants, mais aussi des adultes. Son principe est l’éducation collective car il croit que l’éducation ne doit pas être confiée à la seule famille ! Il fait construire des écoles, mixtes et obligatoires jusqu’à 14 ans (en 1860, la loi autorise le travail des enfants à partir de 10 ans). Godin ne souhaitait pas favoriser le travail féminin ! Les femmes ne sont employées dans ces structures que si elles sont dans le besoin.

Les nourrissons seront confiés la nourricerie dès quinze jours.(2) Ce dénominatif péjoratif évoquant les techniques d’élevage est détestable, même lorsqu’il concerne l’élevage des vers à soie ! Pour Godin, le confort et l’hygiène des enfants sont très importants, il est primordial que les bébés soient au sec (Pampers n’existait pas !) (3) : les enfants sont couchés sur un drap au-dessous duquel a été mis 30 à 40 litres de son blutté – Une sorte de litière?- faisant office également de matelas. Le son humide de l’urine s’agglutinait en motte que les nourrices (nourricières ?) enlevaient avec une raclette –ou à la main- pour le donner aux animaux de basse-cour….

              

 

Dès deux ans, l’enfant intègre le pouponnat et à 4 ans, le bambinat. J’apprécie ces vocables si justes. La méthode éducative en vigueur au Familistère s’inspire des pédagogues contemporains de Godin telle Marie-Pape Carpantier(1815-1878) avec laquelle le fondateur correspond lors de l’installation du bambinat. Elle tient également des méthodes basées sur le jeu, l’exercice et la manipulation élaborées par l’allemand Friedrich Froebel (1782-1852). 

                                  
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Les enseignants, qu’il sélectionne rigoureusement, ont recours à un matériel pédagogique moderne : syllabaires, bouliers-compteurs, jeux de construction, casiers minéralogiques, cartes murales, etc. Les châtiments sont proscrits. L’éducation est attrayante. Elle repose sur l’émulation : les élèves se trouvent encouragés par un système de récompenses et de compliments qui culmine lors de la Fête de l’enfance, mise en place en 1863. Lors de cette cérémonie annuelle, les travaux des élèves étaient exposés tandis que les enfants les plus méritants étaient publiquement récompensés.

Faisant face au bâtiment principal, un théâtre de 1000 spectateurs, une bibliothèque, où Godin donne des conférences pour enseigner à ses salariés les bienfaits de la coopération.Godin avait aussi prévu un jardin d’agrément où les ouvriers pouvaient se reposer.

Classé monument historique en 1991, il est en cours de rénovation grâce à un projet colossal baptisé Utopia.

L’utopie de Godin était une belle idée généreuse, très novatrice et moderne mais qui a oublié la personne au profit du groupe. Son oeuvre a été d’offrir à tous, le confort, la sécurité, l’hygiène, l’éducation.

Mais, aujourd’hui, même si je suis sûre qu’une juste redistribution des richesses en fonction de sa participation est surement à envisager, que la communauté dissolve l’individu, me fait peur. 

Sources: Le travail de l’utopie. Godin et le familistère de Guise, par Michel Lallement Ed. Les Belles Lettres, 2009

(1) dans  La richesse au service du peuple. Le familistère de Guise (2)  L’ utopie des crèches françaises au XIXe siècle: un pari sur l’enfant Pauvre  de Catherine Bouve (3) Pampers n’est évidemment pas la marque de change complet que je recommanderais. Procter & Gamble y adjoint un gel absorbant de liquides depuis 1980 et le nouveau système «Drymax» lancé en mars 2010 n’ont pas démontré leur innocuité.

PLK de Noétique

PLK de Noétique

Je suis une yogini en mode Deepak Chopra, Christophe André, Jackie Kennedy, Gwyneth Paltrow, une grande fille en talons hauts, glam et moderne, bien dans sa tête et son corps. Curieuse, orthorexique et gourmande, foodista, passionnée de yoga, de Pilates, addict au thé vert japonais, à l’affût des nouveautés de produits de beauté bio.

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